Dans le monde professionnel, dans la sphère politique et syndicale et dans le milieu associatif, tout semble régi par des rapports de force où une certaine forme de violence le plus souvent verbale et parfois comportementale paraît inévitable, naturelle et même nécessaire. Les récentes élections internes au MODEM, certains échanges entre le groupe socialiste et le groupe majoritaire lors des séances plénières du Conseil Municipal d’Issy les Moulineaux, la violence des conséquences de la crise financière en cours sont des exemples parmi tant d’autres. Face à ce qui semble être une réalité communément admise, il est néanmoins légitime de se poser la question du bien fondé de la disparition de toute forme de douceur dans les rapports sociaux.
L’éthique, en tant que réflexion sur les fondements du bien agir, peut permettre de réhabiliter la douceur à sa juste place au détriment d’une violence ambiante qui crée beaucoup de lassitude. Les publicitaires ont bien saisi l’émergence de cette demande. L’un d’entre eux, vantant les mérites d’un chocolat de marque présente ce dernier comme « un peu de douceur dans un monde de brutes. » Devenir une brute pour la bonne cause ou essayer d’être doux à contre-courant de la mode ambiante, c’est le choix face auquel se trouvent les hommes et les femmes qui restent attachés à une vision humaniste de la société.
Le texte biblique des Béatitudes proclame : « heureux les doux, ils obtiendront la terre promise » annonçant déjà la douceur comme un avant-goût du paradis. La tradition boudhiste, quant à elle, est emprunte de sérénité et de douceur….. Au-dehors de la sphère religieuse, les activités à base de yoga et de relaxation font salles pleines afin d’évacuer le stress et de retrouver une forme de paix et de douceur toute intérieure qui va rapidement s’éroder face à la violence coutumière des rapports sociaux traditionnels. Dans le monde professionnel, l’apparition d’un problème sur un dossier en cours provoque, avant la détermination d’une solution idoine, la recherche d’un coupable vers qui va se reporter l’agressivité ambiante. Le bouc émissaire a encore de beaux jours devant lui dans nos entreprises. En politique, la lutte pour des places avec ses violences collatérales prend rapidement le pas sur le débat d’idées qui est pourtant l’essence même de la démarche. Enfin, concernant le dialogue social, considérer la négociation seulement comme un rapport de forces, comme cela est courant en France, conduit souvent aux pires blocages.
Le pire reste encore que la revendication d’une certaine forme de douceur apparaisse généralement comme une vaine et risible demande des plus faibles qui, comme le fait croire le discours ambiant, n’ont ni l’âme d’un manager, ni le tempérament d’un battant ni la force d’âme nécessaire pour s’adapter aux exigences de la société. Ils sont même, de ce simple fait, les uniques responsables des situations délicates qu’ils rencontrent tout au long de leurs existences respectives. Tous ces clichés en vogue qui nous replacent en permanence sur le terrain du combat contribuent à reléguer la solidarité au rayon des souvenirs et à déshumaniser l’homme en en faisant une machine de guerre tous terrains. Dans ce contexte, les injustices sont flagrantes car les individus ne luttent pas à armes égales au départ. L’éthique, quant à elle, devient une perte de temps réservée aux naïfs et aux personnes sans envergure qui refusent de se faire violence pour trouver leur place dans cette arène perpétuelle qu’est devenu le monde. Et, fort logiquement, la douceur n’a plus sa place dans cette arène.
Et pourtant, douceur et fermeté ne sont pas incompatibles et se faire violence est de fait utile pour retrouver le climat de sérénité intérieure dans lequel se forgent les décisions qui orientent nos existences ou sous tendent nos projets. Comme le dit la tradition philosophique et spirituelle, il n’est pas sain de décider dans une période de grande agitation intérieure. Le stress et le rapport de force ne sont donc pas les meilleurs moyens pour décider, ceci d’autant plus qu’ils ont tendance à aliéner la raison. L’écoute et le respect, qui vont de pair avec la douceur sont donc des préalables à un réel débat démocratique. Selon la célèbre maxime de Vauvenargues, il faudrait être à la fois ferme de tempérament et flexible à la réflexion. C’est précisément cela le juste équilibre entre la fermeté et la douceur. Etre ferme de tempérament évite d’avoir des girouettes qui changent régulièrement d’avis par opportunisme. Etre flexible à la réflexion impose d’écouter et d’accepter les arguments de l’autre et de se concentrer plus sur sa capacité de persuasion que sur son pouvoir pouvant naître d’un rapport de forces. Beaucoup de politiques, à quelque niveau que ce soit, se comporte comme d’insupportables despotes pour avoir oublié cette réalité.
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Le moment est donc venu d’en revenir à une forme de douceur consubstantielle à une réelle expression démocratique. Cet enjeu qui prête majoritairement à sourire fait partie de ces utopies nécessaires qui peuvent amener une saine évolution du monde fondée sur des valeurs qui mettent l’homme au centre de la société en lieu et place du pouvoir et de l’argent. Les exemples connus de Gandhi et de Nelson Mandela sont des preuves vivantes parmi tant d’autres que les grandes évolutions politiques peuvent être fondées sur la douceur. Notre monde si violent dans bien des aspects serait bien inspiré de s’engager dans la voie qu’ils ont ouverte et qui s’avère féconde bien qu’elle n’ait rien de naturelle. Puissent nos assemblées politiques s'inspirer de leur exemple!


Bonsoir,
Une idée permanente n'apparait pas dans votre analyse et que m'inspire la vision de notre microcosme politique; l'angoisse, la peur ou l'inquiétude:
- de ne pas être ré-élu,
- d'être contesté et remis en cause sur ses décisions,
- de manquer d'argent dans des fonctions électives politiques peu rémunérées
- de perdre le pouvoir dans un monde où les alliances permettent de résister au risque d'être trahi par plus ambitieux que soi,
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Ces peurs engendrent plus de violence que de douceur.
Rédigé par : douceur dans le monde politique | 04 novembre 2008 à 23h51
Vous avez en partie raison. Rien de fécond ne se bâtit sur la crainte qui est une forme de violence envers l'espérance et les projets que celle-ci induit. Qu'on le veuille ou non, la démocratie est bâtie sur une forme de confiance réciproque et d'espérance collective que les peurs individuelles ne peuvent que gêner. Mais la démocratie exige aussi de rendre des comptes et cela ne devrait pas être source de craintes pour des politiques ayant une éthique personnelle forte appuyée sur de réelles convictions. La violence débute lorsque l'ambition l'emporte sur les convictions autrement dit lorsqu'on passe de la politique (réflexion sur l'organisation de la vie de la cité) au politique (ensemble des méthodes pour conqérir et conserver le pouvoir).
Rédigé par : BERANGER Etienne | 05 novembre 2008 à 17h43