Le vote du budget est un acte politique majeur car les choix budgétaires sont à l'origine de toutes les politiques publiques. C'est le budget qui comporte les arbitrages en termes de fiscalité mais également en termes d'investissement.
Le vote du budget primitif pour l'année 2009 était à l'ordre du jour de la séance publique du Conseil Municipal hier soir. Nous avons décidé de nous abstenir après avoir exposé nos motivations à l'ensemble des conseillers que nous reproduisons aujourd'hui.
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Voici l'intégralité de mon intervention.
Monsieur le Président, Mes Chers Collègues.
Depuis près d’un an que nous sommes élus au Conseil Municipal, nous avons voulu proposer une nouvelle façon de faire de la politique, dans la droite ligne des principes fondateurs du Mouvement auquel nous appartenons. Nous avons d’abord travaillé par une présence assidue en commission. Je pense que vos adjoints vous en ont fait part, en tout cas je l’espère. Nous avons apporté nos contributions à chaque fois que cela nous semblait pertinent. Nous nous sommes plongés dans les ordres du jour et nous avons voté, en notre âme et conscience, refusant une opposition systématique et souvent outrancière, une opposition d’un autre temps, illisible pour nos concitoyens qui ont à cœur que leurs élus travaillent ensemble à l’amélioration de leurs cadres de vie.
Quel bilan tirons nous de ce travail de conseillers municipaux au moment d’aborder la question si fondamentale du budget de la ville ? J’aimerais affirmer que ce bilan est positif mais je ne le peux pas. J’aimerais penser que la mesure de nos propos, le côté constructif de notre posture politique, la qualité de notre engagement, en tant qu’élus mais aussi et avant tout en tant que citoyens, j’aimerais penser que nos contributions vous aient éclairé et vous aient fait réfléchir – sans oser dire « infléchir », oui j’aimerais pouvoir constater aujourd’hui que nous avons servi à quelque chose dans la définition de votre politique, mais je ne le peux pas. A la lecture attentive du budget que vous nous présentez, je ne vois rien qui soit issu du débat, que ce soit en ce conseil ou ailleurs. Je ne vois rien qui tienne compte des sensibilités qui vous sont étrangères. Je ne vois rien qui tente d’aller dans le sens d’un plus grand respect pour la diversité de pensée et d’approche politique.
A chaque fois que nous avons pris la parole, à chaque fois que nous avons interpellé les adjoints qui présentaient les délibérations, nous nous sommes heurtés à des fins de non recevoir plutôt polies et civilisées mais fins de non recevoir tout de même.
Je le rappelais dernièrement, un de vos adjoints en charge de l’urbanisme me faisait récemment comprendre que mes propos n’avaient pas à être retenus du fait que nous n’avions pas été élus et que les isséens s’étaient prononcés en faveur du programme de la majorité en place. Fin de la discussion. C’est vrai que nous pourrions facilement être catalogués avec ironie dans le camp des « perdants » mais, en démocratie, il y a-t-il matière à considérer qui que ce soit comme perdant dès lors qu’il a recueilli les suffrages d’une partie de la population. Les citoyens qui ont voté pour lui doivent-ils perdre à leur tour ? Doivent-ils être exclus des politiques publiques ? Je ne veux pas stigmatiser l’attitude de cet adjoint, je veux soulever la question de la démocratie locale.
Je ne dis pas que j’ai raison à chaque fois que je prends la parole. Je ne prétends pas que mes deux collègues affiliés au Mouvement Démocrate détiennent une vérité absolue et, contrairement à ce que m’écrivait un autre de vos adjoints, je ne me crois pas plus malin que les autres et que personne ne prenne ma combativité pour de l’arrogance. Je n’estime pas avoir raison mais j’espère néanmoins que la sensibilité que je défends sera entendue, considérée et, le cas échéant, source d’inspiration. J’ai voté positivement des délibérations qui étaient, me semble-t-il, bonnes pour nos administrés. Si je me suis rangé à votre avis, j’ai envie de vous demander pourquoi ne vous est-il jamais venu de vous ranger au mien, au notre.
L’opposition n’est pas une posture systématique, je l’ai dit et je le répète. Voter contre par principe est une connerie, pardonnez moi cette expression. Vous devez le savoir, cela m’a attiré les foudres de mes collègues de gauche (et qui en l’espèce sont à ma droite) qui m’ont pris pour un « collabo », le mot n’est pas trop fort, lorsque j’approuvais certaines résolutions.
Je n’ai pas fait de l’opposition une règle, alors je me permets de vous demander à tous, élus de la majorité, de ne pas faire de la majorité une posture systématique qui se caractérise, qui vous caractérise par un autoritarisme aveugle qui s’affranchit de la diversité. Sur tous les points qui nous tiennent vraiment à cœur (le développement durable, l’urbanisme, la démocratie locale, la maîtrise du développement économique, le respect de la diversité), vous ne donnez pas de signe d’avoir pris le temps de considérer notre apport et votre budget est monolithique, d’un seul bloc idéologique.
Vous ne prenez pas soin de ralentir la construction de tours alors que la récession frappe nos économies, que des grandes entreprises implantées sur la commune licencient massivement et que nos quartiers d’affaires vont devenir inadaptés par rapport à la demande. Vous ne prenez pas soin d’investir plus audacieusement sur le développement durable, les espaces verts, les circulations douces. Vous ne prenez pas soin de développer le tissu associatif pourtant si essentiel à la cohésion sociale en période de crise et d’incertitude. Vous ne prenez pas soin de vous attaquer aux problèmes de circulations qui deviennent infernaux partout dans la ville. Vous ne prenez pas soin d’accélérer la réalisation de projets pourtant promis au cœur de votre campagne comme l’escalier mécanique pour faciliter la desserte du quartier des Epinettes. Vous ne prenez pas soin de prendre en compte les nouvelles problématiques qui se posent en terme de besoins sociaux avec le développement rapide de nouvelles catégories de personnes en difficulté, notamment les travailleurs pauvres. Vous ne prenez pas assez soin de l’avis de vos concitoyens en organisant de véritables consultations, sur Internet ou ailleurs, sur des sujets qui auront un impact durable sur leur qualité de vie.
Malgré tout, le budget que vous présentez ce soir est le fruit d’une bonne gestion dont beaucoup d’autres villes pourraient s’inspirer. Cette bonne gestion ne saurait être condamnée mais elle manque d'une réelle vision qui aurait pu notamment se traduire par des investissements significatifs dans le numérique et le développement durable reconnus aujourd'hui comme les plus porteurs de croissance et par une solidarité plus affirmée envers les moins aptes de nos concitoyens à traverser la crise actuelle. Mais parce que vous vous êtes abstenus de considérer que vous pouviez vous enrichir de la diversité de notre point de vue en déterminant de façon péremptoire que vous seuls déteniez la vérité budgétaire, je m’abstiendrai à mon tour de voter de ce budget, en formant sincèrement le vœu que le budget de l’année prochaine saura tenir compte des (bonnes) propositions d’une opposition politique constructive.
Encore une fois, vous avez gagné et bien gagné l’élection de mars dernier et je respecte avec la plus grande humilité ce résultat. Mais que cette victoire ne vous incite pas pour autant à faire des 47% des isséens qui n’ont pas voté pour vous les perdants de la mandature.
A l'issue de cette intervention, le Maire a exprimé son point de vue. Il m'a demandé de peser la portée de cette position en disant qu'en nous abstenant de voter le budget, nous nous placions désormais dans l'opposition.
Je lui ai rappelé le sens de ma note et notamment le fait que la notion d'opposition était abstraite et que je ne souhaitais pas rentrer dans ce débat stérile. Que j'avais par ailleurs le souhait que notre sensibilité soit davantage entendue dans la préparation du travail municipal et que, si tel était le cas au cours de l'année 2009, je serai alors disposé à voter le budget 2010.
J'ai rappelé pour conclure que notre souhait était de travailler pour le bien de tous les isséens, au-delà des clivages, et qu'il était essentiel que notre différence de sensibilité soit reconnue et acceptée pour que nous puissions travailler intelligemment ensemble.


Bonjour,
Pour faire une synthèse de votre intervention, André santini pourrait être le maire de 50/55 % des isséens et rejetterait les autres 45/50%.
Ne pourrais-t-on pas aller plus loin encore plus loin dans l'ananlyse et penser encore pire, il ne représente que lui-même une fois élu?
Rédigé par: démocrate | 08 février 2009 à 13h08
Ça ne me console pas, mais je lis ici exactement la même chose que ce qui se passe dans notre conseil municipal (petite commune d'Auvergne, rurale, 200 habitants). Ce qu'on vous a répondu, je l'ai entendu au mot près lors de notre dernier conseil municipal. La loi du vainqueur... Avant l'élection, ils se proclament démocrates ; après l'élection, ils nous permettent seulement de penser comme eux...
Rédigé par: Pierre Héno | 18 mars 2009 à 11h52