Le projet d'aménagement de la RD7 sur les communes de Sèvres, Meudon et Issy les Moulineaux donne lieu à un affrontement entre deux conceptions divergentes du développement durable et à une pratique discutable de la concertation. L'enjeu urbanistique est de taille. Il s"agit de déterminer quel aménagement nous souhaitons sur la rive de la Seine située sur nos communes et par delà cet aménagement, quel urbanisme nous imaginons pour nos villes. En particulier, la concrétisation de ce projet contribuera à définir les places respectives que nous souhaitons accorder aux moyens de transports en commun, aux circulations douces et à la circulation automobile. Le visage que nous voulons donner à nos cités doit se déterminer dans un véritable contexte de démocratie locale qui ne peut être garanti que par l'exigence et la vigilance des citoyens. Les évolutions récentes de ce dossier ont plus comme objectif d'endormir la conscience citoyenne que de l'exacerber et il appartenait donc aux élus démocrates que nous sommes de contribuer à réveiller cette conscience afin que la démarche participative de la concertation ne soit pas un leurre destiné à imposer des choix préétablis par les majorités politiques locales.
Deux réunions publiques ont été organisées les 6 et 22 Octobre 2008 dans les communes de Sèvres et Issy les Moulineaux. Les associations écologistes et la grande majorité des participants se sont dans les deux cas prononcées en faveur de l'aménagement correspondant à la variante trois préconisant une file affectée aux véhicules et une bande cyclable par sens de circulation rythmées par des carrefours giratoires possédant deux bandes cyclables unidirectionnelles sur chaussée séparées des deux files de circulation automobile. Cet aménagement qui laisse aux piétons des plages d'évolution significatives est celui qui correspond la plus aux exigences du développement durable car il est socialement équitable, économiquement viable et écologiquement vivable. En effet, les surfaces affectées à chacun des modes de transports sont équitablement réparties, les déplacements professionnels restent aisés sans être prioritaires et les déplacements pédestres les moins polluants et les plus en harmonie avec la nature (puisque le piéton se déplace quasiment à la même vitesse que l'eau) ne sont pas réduits à une portion congrue. Le 8 décembre 2005, le Conseil Municipal d'Issy les Moulineaux avait opté à travers la résolution n°20 pour cet aménagement de la RD7 sur notre commune se prononçant précisément pour "une file de circulation automobile dans chaque sens et une affectation des emprises ainsi libérées aux circulations douces". Cette sage orientation doit impérativement être confirmée car les Isséens ne comprendraient pas que leurs élus trahissent leur parole visionnaire originelle sur ce sujet urbanistique essentiel.
Malheureusement, beaucoup de signes indicateurs permettent de penser que la majorité municipale pourrait faire volte-face et suivre la majorité départementale qui fait un réel forcing sur ce dossier. Lors de la réunion publique d'Issy les Moulineaux, le président Devedjian a projeté une vidéo à l'objectivité discutable à l'encontre du giratoire expérimental en limite d'Issy les Moulineaux et de Meudon qui donne pourtant satisfaction à la majorité de ses utilisateurs. Dans le mensuel "Les Enjeux-Les Echos" du mois de décembre 2008, un article considérait déjà comme acquis le principe d'un aménagement à deux fois deux voies, conclusion malvenue dans le cadre d'une concertation en cours et qui plus est alimentée par le seul point de vue de la majorité départementale. Dans la même mouvance, une étude de trafic révélée juste avant la seconde réunion publique s'attachait à démonter que la croissance prévisionnelle du nombre d'emplois et du nombre d'habitants sur les communes concernées rendait nécessaire et inéluctable l'aménagement à quatre voies de la RD7. Le dernier acte de cette intense phase d'intoxication et de désinformation est apparu via le sondage Ipsos détaillé sur le site Val de Seine Rive Gauche où une majorité significative des sondés préférerait cette variante privilégiant la circulation automobile. Dans cette logique, le Conseil général altoséquanais a récemment et trop rapidement approuvé la mise à quatre voies de la RD7, la considérant comme le résultat de la concertation.
Lorsque près de la moitié des sondés déclarent n'utiliser que très rarement les infrastructures de la RD7, la mise à quatre voies ne va absolument pas de soi et la majorité départementale a totalement occulté cette évidence. Mais le plus important est ailleurs. Les orientations urbanistiques prises dans le Val de Seine en général et sur le territoire d'Issy les Moulineaux en général sont loin de rencontrer l'assentiment des citoyens des communes impactées. Ces derniers constatent l'essoufflement du modèle progressiste décliné depuis plus de deux décennies et souhaitent revenir au modèle culturaliste qui traduit mieux leurs nouvelles aspirations.
Le modèle progressiste conditionne les habitants pour un rendement maximal de leurs activités et élabore un modèle d'espace classé, standardisé et éclaté. Le modèle culturaliste, quant à lui, repose sur la richesse des relations humaines, la permanence des traditions culturelles et élabore un modèle d'espace circonscrit et différencié. Cette confrontation entre les deux modèles est également l'opposition entre l'unicité sociale et la mixité sociale, entre l'utilitaire et l'utile, entre la croissance démographique éffrénée et la recherche d'une réelle qualité de vie.
Notre commune a indiscutablement connu pendant les trois dernières décennies un urbanisme progressiste standardisé et sans âme fondé sur une volonté de croissance démographique sélective à des fins électoralistes couplée à une volonté de voir augmenter le nombre d'emplois disponibles sur le territoire municipal. Cette politique d'urbanisme qui se justifiait pleinement voici trente ans a atteint ses limites dans un contexte d'Intercommunalité et ne correspond plus aujourd'hui aux attentes citoyennes et aux exigences du développement durable. En effet, ce dernier proscrit la priorité sans partage trop longtemps accordée à la circulation automobile et prescrit la mise en oeuvre par la biais d'une véritable concertation d'un urbanisme mesuré privilégiant donc la respiration sur la concentration.
Eriger une multitude de tours sur les berges de la Seine, fussent-elles labellisées Haute Qualité Environnementale, n'est donc pas un acte responsable et respectueux de l'homme et de son cadre de vie car la construction de ces tours entraînera inéluctablement avec elle la mise à quatre voies de l'infrastructure routière départementale qui les desservira. C'est pourqui j'ai proposé sans succès lors de la séance plénière du Conseil Municipal du 2 courant qu'un référendum d'initiative locale soit organisé sur la future configuration de la RD7. Plus que la déterminantion de la largeur d'une voirie spécifique, la question posée est celle d'un type d'urbanisme sous-tendu par des valeurs sociétales. L'utilitaire est-il plus important que le bien-être et la qualité de vie? La puissance populaire doit-elle primer sur la puissance de l'argent? L'intérêt général des citoyens est-il plus important que les intérêts financiers d'investisseurs ou de promoteurs aussi respectables soient-ils?
Une poignée d'élus ne peut décider seule de l'aspect futur de nos villes sur la seule base d'un sondage à l'objectivité discutable. Notre programme municipal proposait la réalisation d'une coulée verte entre le parc André Citroën et le parc de Saint-Cloud par le biais d'un aménagement écologique concerté avec les communes de Paris, Meudon et Sèvres. C'est donc à l'ensemble des citoyens que nous sommes de trancher cette question essentielle. Voulons -nous une coulée verte ou une coulée noire en bordure de Seine ?


Effectivement quel contraste avec le superbe site internet de la "Vallée rive gauche" où la verdure et les espaces piétonniers emplissent l'espace dans de très jolis visuels...
"Vue d'artiste, photo non contractuelle" peut on cependant lire comme dans la brochure d'une promotion immobilière...
Le bilan de la concertation présenté met effectivement en avant les résultats d'enquêtes réalisées par téléphone par l'institut Ipsos.
Il est très difficile de réaliser un sondage fiable sur un projet complexe comme l'urbanisme par téléphone. En particulier la question 10 sur le nombre de voies de circulation parlant essentiellement de développement économique et de fluidité du trafic, comme pour orienter le choix vers les 2 files par sens de circulation. Comment peut-on répondre de manière réfléchie à cette question par téléphone sans avoir en main tous les éléments du problème ?
Le bilan fait aussi référence aux 500 avis laissés sur le site internet. Ceux là ont du être déposés plus en connaissance de cause, après avoir examiné le dossier ?
…Mais là les résultats ne sont pas publiés ! 500 avis, le même ordre de grandeur que ceux qui ont répondu au sondage. Pourquoi deux poids deux mesures ? Pourquoi ne pas les présenter ?
Un référendum d'initiative locale serait effectivement la meilleure méthode pour faire de tels choix déterminants pour l'avenir de notre environnement.
Rédigé par: Laurent Boisseau | 14 avril 2009 à 21h21
je remarque , bien tardivement certes mais je découvre le blog, l'utilisation du dessin original réalisé pour le journal meudonnais Armande Pouillon des Citoyens Prennent Leur Place ....
une modeste indication de la source n'a jamais fait de mal;
merci pour les élus de gauche qui bossent aussi;
notre convergence de combat sur la RD7 ne justifie pas tout
Rédigé par: Zuber marie-pierre | 29 janvier 2010 à 22h08
Vous avez fort justement réparé cet oubli involontaire qui ne comportait, croyez le bien, aucune volonté d'appropriation ou de récupération.
Rédigé par: BERANGER Etienne | 01 février 2010 à 09h46