La construction européenne a débuté au sortir de la guerre par la mise en commun de moyens dans le domaine de la production du charbon et de l'acier. Dans l'esprit des fondateurs de sensibilité humaniste, il s'agissait de sublimer les risques de guerre pour en faire des espoirs de paix. Ce qui pouvait servir à s'affronter devait pouvoir servir à coopérer. Cette volonté politique forte fondée sur la croyance en un possible éloignement de la souffrance doit aujourd'hui être actualisée et étendue pour continuer à donner corps au projet européen qui reste le plus beau projet politique de la fin du siècle dernier. Et pour mener à bien cette belle aventure démocratique, l'évocation de l'histoire ne doit être ni tronquée ni falsifiée. Présent ce samedi dans notre ville au coeur de la communauté arménienne, le Ministre Michel Barnier a tenu un discours bien argumenté sur la mémoire qui ne peut, à certains moments de l'histoire se passer de reconnaissance. A l'opposé de cette intervention plutôt digne, notre député Frédéric Lefebvre a pratiqué, à travers le travestissement pour des raisons politiciennes de propos de François Bayrou, une désinformation qui constitue elle aussi une forme de salissure de la mémoire.
Dans le cadre de la campagne en cours, Michel Barnier, actuel Ministre de l'Agriculture et ancien Commissaire Européen, tête de liste UMP aux élections européennes avait choisi avec notre maire et notre député de venir s'adresser à la forte communauté isséenne arménienne. Il a indiqué que sa liste soutenait en ce qui concerne la Turquie, le refus d'une adhésion à l'Union Européenne et optait pour la perspective d'un partenariat privilégié conditionné par la reconnaissance par la Turquie du génocide arménien de 1915. Ce positionnement s'attachant à ne pas renier les souffrances tragiques d'un peuple meurtri doit être salué car la position négationiste de la Turquie sur ce sujet entâche sérieusement l'évolution en cours de ce pays vers la démocratie.
Intervenant après le Ministre, notre député Frédéric Lefebvre a ramené le débat à un niveau national bassement politicien en affirmant sans aucune forme d'explication que les socialistes soutenaient l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne et que François Bayrou, le leader du MODEM, avait une "position ambivalente sur le sujet, étant pour l'adhésion turque dans certains cas et contre l'adhésion turque dans d'autres cas." Prononcés devant cette audience et en ces termes, ces propos peuvent laisser penser que les socialistes et les démocrates ignorent ou délaissent la souffrance du peuple arménien.
Concernant François Bayrou, il a bien avant l'élection présidentielle de 2007, précisé qu'il était favorable à un partenariat privilégié avec la Turquie et qu'il rejetait toute perspective d'adhésion, indiquant même qu'il serait préférable de statuer courageusement sur cette question plutôt que de faire miroiter aux Turcs pendant des années une hypothétique adhésion. Récemment interrogé lors d'une convention européenne démocrate à Metz sur les possibilités d'évolution des relations entre l'Union Européenne et la Turquie, le président du MODEM a ainsi répondu: "Si l'Union européenne (UE) évolue vers une zone de libre-échange, une Europe du grand cercle à contenu faible, alors, naturellement, la Turquie mais aussi l'Ukraine voire la Biélorussie auront leur place dans cet ensemble. Mais si l'UE de demain parle d'une voix autonome, si elle est une Europe du petit cercle et à contenu fort, la Turquie n'en sera pas."
François Bayrou a toujours défendu le projet d'une Europe fédérale basée sur la subsidiarité, la solidarité et la participation des citoyens. Dans cette perspective située dans la mouvance de l'idéal fondateur, l'Europe des peuples se construira sur un socle de valeurs, une histoire et une culture communes constituant une citoyenneté européenne fondant une communauté de destin à laquelle la Turquie n'a pas vocation d'appartenir. Mais si l'Europe reste un grand marché capitaliste non régulé par des des valeurs humanistes, rien ne pourra s'opposer à une adésion non conditionnelle de la Turquie à cet ensemble.
Les propos du président démocrate fondés sur le réalisme politique ne renient en rien sa position originelle sur la question turque mais renvoient à la problématique du choix de société déclinée dans son dernier ouvrage et qui est en filigrane de ces élections européennes. L'intervention du député Lefebvre flirtant avec la malhonnêteté intellectuelle avait comme seule finalité de capter le vote arménien au profit de son camp politique. Surfer ainsi sur la souffrance d'un peuple à des fins électorales n'est pas digne d'un parlementaire. Et dans ces conditions, c'est se dire qu'il est encore note député pour trois années qui devient une souffrance.


effectivement une position "indigne" de notre représentant électif, il est dur de constater une aussi grande désinvolture démocratique.
Il me semble que Jacques Chirac lui s'est prononcé pour l'adhésion turque à l'UE et qu'il est membre (éminent) du même parti dominant, Comment ? pas un mot ? Comme c'est bizarre, le mensonge et la duplicité ne seraient-ils pas ceux que FL nous présente ...
oui indigne, tout simplement indigne ...
Rédigé par: Brian DEREVAN | 17 mai 2009 à 22h00